Avant 2020, le paysage numérique des EHPAD était largement fragmenté. Les établissements disposaient d’outils hétérogènes, souvent peu interconnectés, limitant la traçabilité des soins et la coordination entre professionnels. Cette situation s’expliquait en partie par une offre logicielle encore insuffisamment adaptée aux spécificités du secteur médico-social, comme l’avait souligné un rapport du Sénat. Le Ségur du numérique en santé, lancé en 2020 et doté de 2 milliards d’euros dont environ 600 millions pour le médico-social, a marqué un tournant décisif. Pour les EHPAD, l’objectif était triple : se doter d’outils interopérables, sécuriser les données et améliorer la coordination des parcours. Le programme repose notamment sur le dispositif ESMS Numérique, piloté avec la Caisse nationale de solidarité sur l’autonomie (CNSA), et sur le mécanisme SONS (Système ouvert non sélectif), qui permet de financer des solutions conformes aux référentiels nationaux. En toile de fond, l’enjeu était aussi d’assurer la connexion aux services socles du numérique en santé, tels que Mon espace patient, les messageries sécurisées ou encore l’Identité nationale de santé.
Le DUI, pierre angulaire de la transformation
Au cœur de cette mutation, le Dossier usager informatisé (DUI) s’impose comme l’outil central. Il permet de centraliser les informations relatives à un résident et de les partager de manière sécurisée entre les différents professionnels impliqués dans sa prise en charge. Lors de la journée organisée par l’ANS, il a été rappelé que près de 80 % des structures du champ de l’autonomie sont désormais équipées d’un DUI. Dans les EHPAD, cet outil a profondément modifié les pratiques : soins mieux tracés, coordination interprofessionnelle renforcée, suivi médical et paramédical amélioré, et diminution des ruptures de parcours. Les retours de terrain montrent également des effets plus structurels. Les écrits professionnels sont davantage structurés, la qualité de la traçabilité s’améliore et certains métiers, jusque-là peu visibles, gagnent en reconnaissance grâce à leur intégration dans les systèmes d’information. Le numérique contribue ainsi à une transformation des organisations, au-delà de la seule dimension technologique.
Des effets tangibles dans les établissements
Les exemples présentés lors de la journée illustrent concrètement ces évolutions. À l’EHPAD Bellevue, en Mayenne, la mise en place du DUI a permis de fluidifier les admissions, de sécuriser le circuit du médicament et d’améliorer la coordination entre professionnels. L’accès centralisé à l’information a également eu un impact sur la qualité de vie au travail, en facilitant la prise de poste et en réduisant le stress. À l’EHPAD Mon Repos, dans le Puy-de-Dôme, la centralisation des données a renforcé la coordination interprofessionnelle et amélioré la communication avec les médecins et les pharmaciens, tout en permettant un accompagnement plus personnalisé des résidents. Dans ces établissements, le numérique devient également un outil de pilotage. Les données sont mieux structurées, les indicateurs plus accessibles, et les équipes de direction disposent d’une vision plus fine de l’activité, de la charge en soins ou encore des ressources humaines. À terme, ces évolutions ouvrent la voie à des gains d’efficience, même si ceux-ci restent encore partiellement à concrétiser.
Au niveau national, le bilan apparaît globalement positif. En cinq ans, 431 millions d’euros ont été mobilisés et plus de 1 000 porteurs de projets ont été accompagnés. Le déploiement a été assuré sur l’ensemble du territoire avec l’appui des agences régionales de santé et des conseils départementaux. La dynamique d’équipement est désormais bien engagée, et le numérique s’inscrit progressivement dans les pratiques quotidiennes des établissements. Pour autant, des disparités persistent. Tous les EHPAD n’avancent pas au même rythme, en particulier les structures les plus petites ou isolées. L’appropriation des outils reste inégale et les besoins en formation demeurent importants. Le marché des logiciels, encore fragmenté, constitue également un frein à une généralisation homogène.
Au niveau national, le bilan apparaît globalement positif. En cinq ans, 431 millions d’euros ont été mobilisés et plus de 1 000 porteurs de projets ont été accompagnés. Le déploiement a été assuré sur l’ensemble du territoire avec l’appui des agences régionales de santé et des conseils départementaux. La dynamique d’équipement est désormais bien engagée, et le numérique s’inscrit progressivement dans les pratiques quotidiennes des établissements. Pour autant, des disparités persistent. Tous les EHPAD n’avancent pas au même rythme, en particulier les structures les plus petites ou isolées. L’appropriation des outils reste inégale et les besoins en formation demeurent importants. Le marché des logiciels, encore fragmenté, constitue également un frein à une généralisation homogène.
Une nouvelle étape avec la vague 2
C’est dans ce contexte que s’ouvre une nouvelle phase avec la vague 2 du dispositif SONS, largement évoquée lors de la journée. Cette étape vise à renforcer l’interopérabilité des systèmes et à inscrire durablement les logiciels des ESMS dans l’écosystème numérique national. Elle prévoit notamment une meilleure articulation avec Mon espace santé, la messagerie sécurisée, l’ordonnance numérique ou encore des outils comme ViaTrajectoire. Cette nouvelle phase introduit également des exigences renforcées en matière de sécurité et de fonctionnalités, avec l’ambition de faciliter la circulation de l’information, d’améliorer la qualité du suivi et d’alléger la charge administrative des professionnels. Le calendrier est déjà posé : l’année 2026 sera consacrée à la mise en conformité des logiciels par les éditeurs, tandis que le déploiement dans les établissements est attendu entre 2027 et 2028. À terme, ces évolutions doivent permettre de proposer de nouvelles fonctionnalités dans les DUI et de répondre plus finement aux besoins exprimés par les professionnels.
Cinq ans après son lancement, le Ségur du numérique a ainsi permis aux EHPAD d’engager une transformation profonde. L’équipement progresse, les usages se développent et les bénéfices sont déjà visibles. Mais le chantier reste ouvert. L’enjeu des prochaines années sera de consolider ces acquis et de poursuivre les efforts de formation, d’accompagnement et d’interopérabilité, afin que les outils numériques tiennent pleinement leurs promesses.
> Article paru dans Ehpadia #43, édition d'avril 2026, à lire ici
Cinq ans après son lancement, le Ségur du numérique a ainsi permis aux EHPAD d’engager une transformation profonde. L’équipement progresse, les usages se développent et les bénéfices sont déjà visibles. Mais le chantier reste ouvert. L’enjeu des prochaines années sera de consolider ces acquis et de poursuivre les efforts de formation, d’accompagnement et d’interopérabilité, afin que les outils numériques tiennent pleinement leurs promesses.
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